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01.06.2007

Le Québec passe tout près de la crise

Après mûre réflexion, j'ai décidé de reprendre ce blog en main. L'élection présidentielle passée, il m'apparaît nécessaire de revoir la ligne éditoriale de ce dernier et de le penser désormais comme un outil plus léger dans son ton. Je tenterai désormais d'observer avec humour la vie politique hexagonale et québécoise en tentant de faire des parallèles entre nos deux sociétés, bref en tissant un fil d'info décalé au dessus de l'Atlantique.

En attendant, je vous livre un petit article sérieux sur la situation politique au Québec. Ce devrait être le dernier. Bonne lecture.

L’un des épisodes les plus mouvementés de la vie politique québécoise a trouvé son terme vendredi 1er juin avec l’adoption in extremis du budget 2007 à l’Assemblée nationale, par 46 voix contre 44.

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07.05.2007

Ca s'est passé comme ça à Montréal

medium_Sarko_élu_Unionfrancaise.jpg« On vient d’élire Berlusconi ! » Dimanche 6 mai, l’ambiance à l’Union Française de Montréal hésite entre morosité et colère, quelques minutes après que les résultats du scrutin présidentiel sont tombés en direct sur les écrans géants disposés dans les deux salles ouvertes par l’association, pour contenir l’afflux massif de Français expatriés. Si la réunion se tient officiellement sous le signe de la neutralité politique, les militants du Parti socialiste et de l’UDF y sont venus en masse. La section UMP de Montréal tient dans le même temps une réunion au restaurant « La Rambla », propriété de la directrice de campagne locale de Nicolas Sarkozy, Khadija Doukali Tahiri, proche du Mont-Royal.

Là-bas, sous un soleil estival, les sympathisants et militants UMP attablés, finissent leurs tapas en sifflant les images de la rue Solferino, de Dominique Strauss-Kahn, de Ségolène Royal, … projetées sur un écran suspendu.  Les chahuteurs sont timidement désapprouvés. Dans l’autre camp, peu avant 14 heures, heure à laquelle les résultats doivent être dévoilés, les sympathisants de Ségolène Royal veulent encore y croire. Réconfortés par le score de leur candidate à Montréal (55,1% contre 44,9% à Nicolas Sarkozy (http://www.consulfrance-montreal.org/spip.php?article1047)), ils n’accordent aucun crédit aux estimations pessimistes qui circulent. 20 minutes avant que les résultats ne tombent, l’ambiance est plutôt détendue. À l’extérieur du bâtiment, avenue Viger, les rares supporters de Nicolas Sarkozy sont gentiment bousculés. Un étudiant grenoblois en échange scolaire lance à une jeune fille affublée d’un t-shirt à l’effigie du candidat de droite, « joli vêtement », avant de préciser à voix basse « je n’en voudrais que pour m’en servir de caleçon ».

Au repaire de l’UMP, pas de place pour le doute. François Lubrina, délégué UMP à Montréal, très sûr de lui, affirme bien avant que les résultats ne soient connus : « Aujourd’hui de toute façon, il n’y a personne à l’Union Française pour soutenir la candidate socialiste… Ils savent comme nous que Nicolas Sarkozy a gagné ». En fond sonore, les supporters entonnent à plusieurs reprises la Marseillaise. Au sein d’un petit groupe de jeunes, Ségolène Royale est traitée de « Salope ». « On va voir la réaction des racailles maintenant… », ironisent-ils avant d’être contraint au silence. « Attention, il ne faut pas dire ça, il y a des journalistes ». Une sympathisante apparemment compatissante, la cinquantaine, déclare à l’endroit de Ségolène Royal : « Elle me fait de la peine quand même, ils vont l’envoyer à l’île de Ré avec Jospin ».

A l’Union française, la bonne humeur laisse rapidement place à la tension au fur et à mesure que le compte-à-rebours s’écoule. Si les apparitions des personnalités du PS déclenchent des salves d’applaudissement dans les salles, les visages commencent à se fermer. Le sentiment est à la résignation au fur et à mesure que David Pujadas explique, sans dévoiler le résultat, que l’écart est important. Le message est compris. À 14 heures pile, l’apparition du visage de Nicolas Sarkozy projeté sur un grand mur blanc, voit s’envoler tous les espoirs des sympathisants de Ségolène Royal. Étonnamment, la foule amassée reste relativement silencieuse. Sous le choc. Seule trois jeunes électrices tout entières converties à Nicolas Sarkozy crèvent le calme ambiant en scandant de sonores « Sarkozy président ! ».

Côté UMP, l’ambiance est tout autre. Après confirmation de la victoire de leur candidat, les jeunes et les moins jeunes, debout sur les tables, les bras en l’air, brandissent la pancarte rouge et bleue de l’UMP et des affiches Sarkozy, sur un air de « We are the champions ». Certains ont écrit « I love Sarkozy » sur leurs joues. La plupart porte des t-shirts mentionnant : «  les Français du Québec avec Nicolas Sarkozy ». Une ambiance de finale de coupe du monde règne aux abords du restaurant. Un homme s’époumone :« Aux poubelles de l’histoire le socialisme ! ».

 

Lors de son discours, le nouveau président est écouté religieusement. « Dehors sales fachos !», lance un passant. Même cette provocation ne soulève aucune réaction. Mais l’effervescence retombe somme toute assez rapidement. Khadija Doukali Tahiri confie, un sourire raieux qux lèvres: « Après la diabolisation, c’est un grand soulagement. La campagne a été très dure à Montréal, qui est un fief de gauche. Et les militants de l’UDF et du PS ont été d’une incorrection remarquable. »

Avenue Viger, une fois le choc du résultat digéré, les langues commencent à se délier. « Je suis écœurée par la médiocrité de la France », confie une femme à son mari. « Je vais savourer », lance un jeune Français de passage à Montréal, « il me restera deux jours de présidence de Chirac quand je rentrerai en France. Finalement, on va le regretter ». Dans le même temps, les jeunes supportrices de Nicolas Sarkozy, dont c’est le premier vote, exultent. « C’est un beau souffle d’avenir qu’ont choisi les Français », s’enthousiasment-elles en chœur, s’attirant les regards réprobateurs de l’assemblée.

Dans un coin, le président du comité de soutien de François Bayrou à Montréal, Christoffer Lemonnier, qui avait publiquement indiqué qu’il voterait pour Ségolène Royal au second tour est dépité. « C’est vraiment décevant », déclare-t-il, « on avait cet espoir, mais on savait que ce serait difficile ». « Ce qui est dur à accepter, c’est que Sarkozy fera de la politique pour les 31% qui ont voté pour lui au premier tour et laissera 70% de Français sur le carreau ».

Littéralement sonné, Malik Dussaud, le secrétaire de la section socialiste de Montréal, ne revient toujours pas de la claque que sa candidate a subie. « C’est un échec ! » lance-t-il écœuré, assis sur les marches de l’Union Française. « Ségolène Royal n’a pas été comprise. Il aurait fallu assumer jusqu’au bout et faire alliance avec le centre droit, mais au sein du parti, beaucoup de militants y étaient opposés.» Trois anciens combattants de la guerre d’Algérie viennent saluer le journaliste de La Presse venu couvrir le résultat de la présidentielle française. Le sourire aux lèvres, ils ne laissent aucun doute sur leur choix électoral. Amer, Malik Dussaud les observe et lâche : « la voilà la France d’après voulue par Nicolas Sarkozy. C’est avec ce genre de personnes que tout devient possible ? »

 

Clément Moulet

Marjorie Marcillac

02.05.2007

Ca chauffe à Montréal

medium_20070430-123024-g.jpgJe l’avoue, ma plume est restée sèche au lendemain du premier tour de la présidentielle. Pourtant, l’ambiance pré-électorale à Montréal n’a pas été de tout repos. Loin s’en faut. Pour ma défense, j’ai pris part à une incursion en terre américaine qui m’a tenue éloignée de mon clavier. Je vous propose donc un retour sur événements et un condensé de la semaine écoulée.

En guise d’introduction, je vous communique les résultats officiels du premier tour du scrutin à Montréal, la ville qui comporte la plus importante communauté française expatriée. ). Le moins que l’on puisse dire, c’est que les bulletins glissés dans les urnes québécoises ne correspondent en rien à la réalité hexagonale. En tête, avec 35,7%, on retrouve… Ségolène Royal suivie de Nicolas Sarkozy à 30,7%. Il convient toutefois de préciser que ces chiffres ne reflètent pas l’ensemble du vote de la communauté expatriée, qui a largement plébiscité, dans son ensemble, le candidat de droite (38,5% pour Sarko contre 29,9 pour Ségolène). Ces résultats atypiques doivent être examinés avec une certaine distance. Si possible en s’affranchissant des discours de gauche qui tendraient à parler d’un « vote progressiste, symbole d’un électorat éclairé et ouvert d’esprit » ou de droite qui stigmatiseraient « la bande de gauchiste qui ont quitté leur pays pour mieux le faire courir à sa perte ». Ni l’un ni l’autre ne sont pertinents. Simplement, une majorité de ces Français de l’étranger à Montréal sont plus jeunes. En vertu de différents accords entre le Québec et la France, beaucoup d’étudiants et de jeunes actifs viennent séjourner quelques temps dans la Belle Province avant de s’en retourner vers leur Hexagone natal. Comme l’ont prouvé différentes études sur les tendances électorales, les jeunes sont plus enclins à donner leur voix à gauche, voire à l’extrême gauche. De même, contrairement à d’autres communautés expatriées, les « Maudits Français » (selon l’expression consacrée au Québec) n’ont pas pour motivation première le business et sont ainsi moins sensibles au sirènes libérales de la droite.

Voilà pour l’état des forces chez nos cousins.

Pour le reste, conformément aux stratégies électorales les plus basiques, la chasse à l’électorat bayrouiste a bien eu lieu de ce côté de l’Atlantique. Les représentants locaux de l’UMP et du PS multiplient les réunions publiques et les conférences de presse afin de faire pencher la conséquente balance en leur faveur. Une situation que l’on pourrait résumer par la maxime suivante : « beaucoup d’efforts pour as grand chose ». Une chose semble acquise, les pro-François de Montréal ne donneront pas leur bulletin à Nicolas. Quelques uns l’accorderont à Ségolène. Christopher Lemonnier, le responsable du comité de soutien au candidat malheureux de l’UDF est de ceux-là. Il l’a affirmé publiquement, sans appeler publiquement à le suivre. Selon lui, ils seront un peu plus du tiers à choisir la jupe stricte (comme dirait une certaine ministre de la Défense dans un discours sexiste dont elle ne ressort pas grandie) contre le costard trop grand. Les deux tiers restant devraient, selon ses dires, déposer un bulletin blanc dans l’urne. Peut-être les déclarations hostiles du candidat UMP à l’encontre de François Bayrou y sont-elles pour quelque chose dans cet état de fait.

A quelques jours de la date fatidique, les esprits se sont considérablement échauffés dans la capitale économique du Québec. On peut penser que les passions sont moins affirmées hors de l’Hexagone, loin des flux informationnels français qui abreuvent en intra-veineuse quotidienne les métropolitains. Au vu des derniers développements dans le coin, rien ne semble moins sûr.

Dans la nuit de dimanche à lundi dernier, le local de l’UMP québécoise, rue Van Horne a été l’objet de saccages. Selon les images recueillies par les caméras de surveillance trois ou quatre individus ont tagué la vitrine extérieure de l’antenne locale de Nicolas Sarkozy  l’ont affublée d’affichettes proclamant d’explicites slogans à l’accent local (« Sarko facho », « Sarko, sacre ton camp d’ici », « Ni en France, ni au Canada, as de patrie pour les fachos »). L’initiative est des plus douteuses et ne dénote pas une grande maturité politique. La revendication hostile au candidat de l’UMP, si elle peut se concevoir dans le cadre d’une lutte politique de l’envergure d’une présidentielle, ne doit pas  laisser libre cour à l’infamie. Ce déchaînement de haine contre les idées contestables du candidat superstar de la droite, ne contribuent qu’à renforcer l’opinion de ses partisans. C’est regrettable pour l’image de la gauche.

 
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